Interviews : Marissa Nadler (Bad Bonn, juin 2009)

Rencontrée en mai 2009, lors de son passage au Bad Bonn, la grande princesse du folk s'est prêtée pour nous au petit jeu des questions-réponses. À l'image de son concert, en tout humilité…
La rédaction de Musique-Chroniques a peu de traditions, mais nos interviews débutent presque toujours par la question suivante : Quel sont vos rapports avec la critique ?
Marissa:
Je suis très heureuse que les gens écoutent et s'intéressent à la musique, et c'est un honneur que d'entendre parler de soi. Pour la plupart, je pense d'ailleurs que les critiques ont de bonnes intentions. Quant à moi, j'essaye ardemment de ne pas laisser d'autres personnes influencer ce que je fais. J'essaye de rester positif et de ne pas laisser filtrer en moi la négativité de certains propos. Avant tout, je focalise mon attention sur la fabrication de mon art et pas sur ce qu'on en dit.
Après trois productions largement orientées vers le folk, Little Hells fait quant à lui une incursion dans des sonorités nettement plus psychédéliques, les claviers et les orgues y jouent d'ailleurs un rôle bien particulier. Qu'est-ce qui vous a incité à changer de direction ?
Marissa:
Je ne dirais pas que la direction a tellement changé, mais plutôt que j'ai évolué. Après trois albums construits autour de la guitare acoustique, j'avais simplement envie d'essayer de nouvelles choses. Toutefois, du point de vue des thèmes, ce disque est très semblable aux précédents. En outre, il garde la même orientation pour ce qui concerne le chant.
J'étais justement étonné de ne voir aucun clavier sur scène pour cette tournée.
Marissa:
C'est que ma formation en live continue d'évoluer, au fur et à mesure des collaborations et du confort que je ressens. Habituellement plutôt solitaire, c'était d'ailleurs un exercice intéressant pour moi d'adapter ces morceaux pour la scène.
Pour Little Hells, vous avez choisi de travailler avec Chris Coady, lequel est plutôt reconnu pour son travail avec des groupes de rock. (Blonde Redhead, TV on the Radio). Comment l'avez-vous rencontré et comment influence-t-il le son de cet album?
Marissa:
Trop tôt dans ma carrière, je me suis sentie classée avec l'étiquette folk et donc je savais qu'en travaillant avec quelqu'un qui possède d'autres influences, cela serait bon pour moi. Comme j'aimais bien les groupes avec lesquels Chris travaillait, il m'a simplement été recommandé par un ami. En ce moment, il travaille d'ailleurs sur le nouvel album de Beach House, qui est un groupe que j'aime beaucoup.
Alela Diane, Bon Iver, Nina Kinert, Joanna Newsom, Vetiver… Il y a beaucoup de nouveaux talents dans la galaxie folk. Que pensez-vous de ce phénomène et comment parvenez-vous à garder votre propre singularité ?
Marissa:
Je ne porte pas grande attention à ce qui se fait dans le monde moderne… Comme je l'ai dit, je me concentre avant tout sur mon propre art. J'aime le travail de ceux que vous avez mentionnés, mais j'essaye de ne pas trop suivre ce qu'il font. Car si trop de choses s'imprègnent sur moi, cela pourrait nuire à ma créativité.
Une longue robe pourpre, un collier noir, un rouge à lèvre appuyé et vos longs cheveux noirs… Quelles sont les influences du mouvement gothique dans votre travail ?
Marissa:
Eh bien, mes cheveux noirs sont naturels et je ne suis pas vraiment Goth, c'est juste ma manière d'être la plus authentique : -) Cela dit, je préfère les longues robes parce qu'elles sont plus chic mais aussi, parce que j'ai toujours été contre l'instrumentalisation sexuelle du corps féminin dans l'industrie musicale. Quant au collier, il m'a été donné par un bon ami et je le porte tout le temps. Plus sérieusement, pour parler des racines gothiques américaines de mon songwriting, je dirais simplement que je désire écrire au sujet de la mort autant que désire parler de l'amour, de la convoitise, de la nature, et de la vie. Si le thème de la mort semble tellement inhabituel, c'est parce que dans la musique populaire moderne, c'est souvent un sujet tabou.
Vous avez mis sur votre site Web, pas mal de belles reprises tout à fait inédites (Radiohead, Leonard Cohen, Neil Young). À quel dessein et dans quel état d'esprit travaillez vous sur ces reprises ?
Marissa:
En fait, je préfère enregistrer plutôt que de jouer… Donc j'aime être régulièrement en studio, à enregistrer des choses. Et quand le puit de mes idées est à sec pour de nouvelles chansons, je travaille alors sur des reprises.
Quel est le dernier album que vous avez acheté ?
Marissa:
J'ai reçu hier un vinyle de Connie Francis et je suis très excitée à l'idée de le découvrir.

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