Interviews : Early Day Miners (Lausanne, 25.01.07)

Peu avant leur concert donné au Romandie à Lausanne ce dernier 24 janvier 2007, Daniel Burton, tête pensante et leader des Early Day Miners, se livre de bonne grâce et en toute décontraction au jeu de l'interview. Après la prestation du groupe, de très bon niveau, (une première partie assurée par Sigurd), Daniel avouera rarement avoir eu autant de temps de scène pour sa tournée. Il présentera d'ailleurs en live plusieurs titres inédits prévus pour le prochain album du groupe.
Vous êtes de retour en Europe, et en Suisse déjà pour la seconde fois ?
D. B.:
Oui, nous avions déjà joué à Genève en 2003, lors de la tournée qui suivait Jefferson at Rest. Nous avons fait deux tournées d'automne en Europe en fait.
Est-ce que tu remarques une différence au niveau du public ici en Europe, par rapport à celui des Etats-Unis ?
D. B.:
Je trouve que le public est plus consistant ici en Europe. Aux Etats-Unis tu peux avoir des périodes très difficiles, puis 200 personnes au concert ; cela dépend énormément du soir de la semaine où tu joues, à quelle heure aussi. Non, je trouve qu'ici en Europe c'est généralement plus stable et consistant, tu as en tout cas un minimum de 60 personnes.
Concernant votre dernier album, Offshore, d'où vous est venue l'idée de faire un album entier à partir d'un ancien titre ? Etait-ce une idée que tu avais depuis longtemps ?
D. B.:
La chanson apparaît pour la première fois sur Let Us Garlands Bring, en 2002. Et nous avons tourné depuis régulièrement, toujours en jouant Offshore. Cette chanson était unique, elle pouvait être jouée de manière très variée : un soir c'était un titre très rock, un autre soir très calme. Nous avons aussi fait des soirées où Offshore était allongé, d'autres où il était bien plus acoustique et dépouillé. Un responsable de notre label Secretly Canadian nous a un jour demandé d'aller en studio et d'enregistrer une nouvelle version de ce titre. Et de là est venu l'idée d'en faire un album entier, en plusieurs mouvements. Je trouve que cette chanson telle qu'enregistrée aujourd'hui sur Offshore me satisfaisait pleinement. Quand on écrit une chanson on peut en effet se diriger dans une multitude de directions différentes… et jusqu'ici nous l'avions limitée à une seule perspective.
Comment enregistrez-vous un type d'album comme Offshore, avec ses différents mouvements : est-ce que vous pressez " play " et laissez l'enregistrement courir sur quarante minutes, ou est-ce davantage une collection de thèmes que vous condensez ensuite en un album ?
D. B.:
C'est un album qui a dérivé énormément du concept original, qui était à la base d'improviser et surtout d'enregistrer le titre sans trop d'overdubs ni de production, à la fois pas trop orchestré et sans y passer trop de temps. Après avoir fait ça une première fois, nous avions beaucoup de bandes et d'idées. Nous avons ensuite jammé sur ces différents plans et enregistré ces " études " variées. On les prenait à la maison, sur ordinateur, puis sur cassette et on travaillait par-dessus les vocaux ou les mélodies. C'est vite devenu un projet de cauchemar (rires).
Quels rôles jouent les différentes parties de chant sur Offshore, partagées entre plusieurs musiciens ?
D. B.:
Jusqu'ici, tout était fait par moi-même, et là nous avons enregistré plusieurs parties avec Kate Long, qui n'a pas pu venir pendant cette tournée. Et puis il y a aussi Amber Webber (du groupe Black Mountain), et Daun Fields qui nous accompagne et que l'on apprécie beaucoup.
Est-ce que vous jouez généralement l'album en entier et dans la chronologie de ses mouvements ?
D. B.:
Oui, ce soir nous jouerons l'ensemble du début à la fin. Mais nous avons aussi plusieurs nouvelles chansons que nous comptons jouer aussi, ainsi que d'anciens titres.
Ce soir, Sigurd (du label Gentlemen Records) jouera aussi son album en entier au Romandie, inaugurant une série de soirées du label qui demande au groupes invités de jouer leur meilleur album du début à la fin. Quel serait votre choix au final, dans votre discographie déjà remplie ?
D. B.:
Je pense que Offshore serait le bon à jouer. Pour beaucoup de raisons. Même si on a été un peu fatigués au niveau de la création de cet album complexe, l'idée restait de sonner comme un groupe de rock live et de pouvoir jouer cet album facilement en concert. Nos albums précédents possédaient un côté beaucoup plus intimiste, avec de nombreux ajouts, comme l'usage de beats électroniques par exemple. Ces chansons auraient été beaucoup plus difficiles à reproduire en live.
Est-ce que tu préfères passer du temps en studio, ou es-tu davantage attiré par les tournées et les concerts ?
D. B.:
C'est très différent. J'aime le studio parce qu'il y a un côté plus relaxant. Tu es assis à la maison, et tu étudies. Les tournées ça a un côté plus amusant.
Ce soir vous jouez de nouvelles chansons. Est-ce que tu peux nous en parler ? Prévois-tu un nouveau concept-album, ou quelque chose de différent ?
D. B.:
Je pense que le nouvel album sera prêt en janvier 2008 environ. Nous avons envie de réaliser un album plus "pop". Des titres chantés et brefs, un peu dans la direction de notre précédent album All Harm Ends Here. Après réécoute, je pense que ces titres seront bien plus simples que sur cet album. C'est aussi un défi de faire des chansons courtes, ce sera peut-être l'album le plus difficile que l'on aura à faire. On aime la pop-music, mais bien sûr pas n'importe laquelle…du genre Jesus & Mary Chain, de ce genre là, ce qui passe à la radio comme pop minimale. Les titres ne seront pas tous composés par moi seul. On a un premier titre par exemple qui a été écrit durant la tournée, pendant les différents soundchecks. C'est quelque chose que j'avais toujours envie de faire.
En écoutant Offshore, on a l'impression que le groupe paraît plus cohésif et solide que vos albums précédents.
D. B.:
Je pense que les albums précédents Offshore étaient surtout dirigés par moi-même, complètement du début à la fin. Je n'ai pourtant pas composé tous les titres et toutes les parties, mais ils apparaissent malgré tout davantage comme des albums solo, cela sans doute inconsciemment. Avec Offshore, je n'ai pas fait tout l'album, donc cela s'en ressent, par exemple les petits détails de la rythmique, parce que je ne suis pas batteur. Donc, oui, je suis d'accord pour dire que Offshore sonne plus comme le disque d'un groupe que d'un individu.
Quelles sont vos influences actuelles au niveau musical, et quelle est la musique que tu apprécies d'une manière plus générale ?
D. B.:
J'aime beaucoup Windsor For The Derby, qui nous a beaucoup influencé, et c'est un ami aussi avec qui j'ai beaucoup travaillé. Quoi d'autre? Les choses habituelles. C'est difficile de dire si une influence peut provenir de groupes que j'écoute…comme Can par exemple. Moins connu, il y a un groupe qui s'appelle Belong, deux gars qui font des instrumentaux à base de guitares. Ils sont sur CarPark Records. L'album s'appelle October Language. Album fantastique. J'aimerais pouvoir travailler avec eux. Et aussi Olapodrita, un groupe du Texas, et des musiques de films (All the Real Girls, George Washington). La plupart de ces groupes n'ont pas beaucoup d'attention aux Etats-Unis et ne sont pas assez promus, du fait qu'ils ne sont pas assez tape-à-l'œil.
Est-ce que vous partagez une sorte d'identité commune avec vos collègues (groupes ou individus) de Secretly Canadian ?
D. B.:
On a beaucoup de chance de bosser pour eux, ce dès notre second album (premier album sur Western Vinyl, Placer Found, en 2001). Un des avantages est par exemple d'avoir eu accès à d'autres artistes du label, comme Amber Webber pour Offshore. Tu n'as qu'à envoyer un email, tu dis que tu dois parler à cette personne, et après ça se passe. Il y a pas mal d'entraide. Mark, notre batteur pour ce soir est celui des Impossible Shapes et de Magnolia Electric Co., par exemple. Cela fait aussi partie de la mentalité des musiciens à Bloomington, Indiana.
Early Day Miners a un côté très cinématographique dans sa musique. Vous avez déjà effectué une bande-son pour un film (Stateless EP) est-ce une expérience que vous aimeriez refaire un jour ?
D. B.:
C'est vrai que nous sommes beaucoup influencés par la musique de films, par certains compositeurs. Pendant que tu conduis par exemple pendant les tournées, c'est agréable d'écouter ce genre de musique, très calme. Ce soir nous projetterons de courtes vidéos pendant le live. C'est un plus que tu peux ajouter facilement, car la musique et l'image se marient naturellement. Cela suffit parfois à te mettre dans un monde un peu différent. C'est vraiment quelque chose que nous aimons faire. J'aimerais pouvoir faire de la musique de film, mais ce n'est pas un monde facile d'accès. La musique d'aujourd'hui est si affairée, il y a tellement d'événements...

Playlist:
All Harm
Precious Blood
New Song 1
- Offshore
Land of Pale Saints
Deserter
Sans Revival
Return of the Natives
Silent Tents
Hymn beneath the Palisades

- Encore
New song 2
New song 3

- Encore 2
Townes
The Light in August

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