Interviews : Black Heart Procession (Usine Genève, 8 décembre 2009)

C'est à l'Usine de Genève, que nous avons rencontré Pall Jenkins, chanteur compositeur des Black Heart Procession, grand maître du spleen et du vague à l'âme. Nous voulions voir si le personnage était aussi triste que ses chansons, mais c'est un gentilhomme souriant et chaleureux que nous avons côtoyé. Généreux, lorsqu'il s'agit de parler de son travail.
Vos premiers albums s'intitulaient respectivement #1, #2 et #3. En toute logique ce nouvel opus, le sixième, est sobrement baptisé #6. Le chiffre 6 apparaît d'ailleurs trois fois sur la couverture de cet album, formant ainsi le nombre 666... Alors Pall, quel est donc cet étrange rapport aux chiffres ? Célébrez-vous "The Number of the Beast" ? Êtes-vous fans d'Iron Maiden ?
Pall:
En fait cela n'a rien de satanique. En dessinant la couverture, j'ai simplement voulu jouer avec les différentes manières d'écrire le chiffre 6. Mais il est clair que ce chiffre a une connotation plutôt obscure, qui finalement convient bien à cet album. Il est vrai toutefois, que la numérotation de nos disques apparaît discrètement sur toutes nos pochettes, même pour les albums qui possèdent un véritable titre. (Ndr. Amor Del Tropico & The Spell)
C'est vous Pall, qui vous occupez de l'Artwork pour chacun de vos albums ?
Pall:
Oui en effet, je mélange les dessins et les collages…
Vous êtes donc à la fois peintre, graphiste, musicien.
Pall:
Oui, les arts graphiques sont pour moi très reliés à la musique et au processus de créations en général. Cela serait plutôt étrange pour moi de composer un album et de laisser un autre s'occuper du visuel. Je considère plutôt chaque disque comme une opportunité de m'exprimer graphiquement.
Quelle place prend ce travail de création visuelle ?
Pall:
J'ai eu l'occasion de publier quelques dessins dans divers magazines, de réaliser des pochettes pour d'autre groupe ou de faire quelques exhibitions, mais je ne me considère pas comme un véritable peintre. Même si j'aime beaucoup cela, ce genre d'activités reste pour moi occasionnel. Toutefois, le désir de concevoir notre propre visuel s'étend aussi aux vidéos. C'est pourquoi nous avons pris en charge la réalisation de certains clips comme Drugs ou Witching Stone. De toute manière, on a pas trop de moyens et on est pas le genre de groupe qui passera sur MTV, alors profitons de faire des choses originales et créatives.
Etes-vous néanmoins diffusés sur certaines radios au Etats-Unis ?
Pall:
On passe sur des radios universitaires et parfois, sur quelques très rares radios commerciales. Je ne sais pas trop à quoi ça tient, sans doute le fait que l'on est pas dans une Major. Alors bien sûr, pour nous l'argent est souvent difficile et on vendrait bien quelques disques en plus… Mais au moins on fait ce qui nous plaît.
Après deux disques un peu différents (Amor Del Tropico & The Spell) l'album Six est-il un retour aux sources de votre musique ?
Pall:
C'est vrai que notre disque Amor Del Tropico était un genre de concept album, et d'ailleurs, c'est un de nos disques que je préfère. The Spell était aussi un peu différent. Habituellement c'est Tobias et moi-même, qui composons tous les morceaux, avant de rejoindre le groupe en studio pour ajouter tel ou tel instrument. Mais pour The Spell nous avons travaillé avec l'ensemble des musiciens, aussi pour le travail d'écriture.
Il n'y a pas de variation sur le titre "Waiter" dans ce sixième album.
Pall:
Waiter#6 et #7 existent en fait sur un EP consacré à ce titre. C'est une chanson un peu particulière qu'on ne planifie pas vraiment. Elle revient comme cela de temps à autre. Tobias joue au piano pendant que chante ou que je joue autre chose et peu à peu le thème s'installe naturellement.
Un ami à nous est convaincu que le titre Fingerprints est inspiré d'un morceau de Boney M. Est-ce possible ?
Pall:
Eh non ! En fait ce titre me fait plutôt penser à Serge Gainsbourg.
Quels sont les groupes de votre entourage qui vous inspirent dans leur travail ?
Pall:
Eh bien, il y a Addiquit, le groupe de ma copine qui donne plutôt dans le genre hip hop. Et aussi Mc Flow qui est un autre groupe de hip hop féminin de San Diego. J'apprécie notamment beaucoup la sensibilité de leurs paroles.

Tobias quant à lui est plutôt un fan de musique classique. On est donc assez différent dans ce que l'on aime, bien sûr il a des influences que l'on partage, comme Portishead, mais il est plus calé que moi en musique, il a étudié tout cela pendant de nombreuses années. Donc je crois qu'il apporte les fondements musicaux de notre travail et moi j'amène plutôt les aspects conceptuels.
Faites-vous parfois des reprises ?
Pall:
On a repris une fois Tom Petty & The Heartbreakers
Qu'est ce qui aujourd'hui, dans votre vie, inspire vos textes et vos musiques ?
Pall:
2008 et 2009 étaient des années plutôt particulières durant lesquelles plusieurs personnes de notre entourage sont décédées ou étaient malades. Ainsi, le premier titre de notre album "When you finish me" est directement inspiré d'un ami proche, qui est mort d'un cancer. C'est le genre de sujet très douloureux, alors en les traitant au travers de la musique, c'est un peu comme être sous l'emprise d'une drogue dure, on ne réalise plus vraiment et on s'échappe... Et alors le lendemain, on émerge et on réécoute ce que l'on a écrit la veille en étant "sombre".

Cette manière de travailler est celle qui m'excite le plus : composer toute la nuit, jusqu'à l'ivresse et l'amnésie, puis réécouter ce que l'on a fait le lendemain. Parfois le résultat est vraiment bien et parfois c'est catastrophique…
Le résultat est souvent sombre.
Pall:
Comme d'autres artistes font des films sombres ou des peintures sombres, nous avons aussi notre propre sensibilité. Dans le passé, lorsque j'écrivais des titres très noirs ou très durs, j'essayais parfois de terminer le morceau avec une note positive. Mais, cette fois, on s'est laissé aller dans notre désespoir ou à notre tristesse sans se chercher d'excuses.
Three Miles Pilot, le groupe de vos débuts est ressuscité.
Pall:
En effet, nous travaillons actuellement sur un nouvel album qui devrait sortir en 2010, nous avons déjà enregistré 9 nouveaux titres. Et lorsque l'album sortira nous ferons une tournée pour laquelle Tobias nous accompagnera peut-être. Mais ce n'est pas encore certain, car il s'est marié et il a déménagé à Portland donc on a peu à peu redémarré Three Miles Pilot sans lui...

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