Interviews : And Also The Trees (Genève, 14 juin 2009)

Nous les avons rencontrés avec un petit air d’été, juste avant leur concert acoustique dans le cadre baroque du Palais de l’Athénée , à Genève. Qui ? Les frangins des plus cultissimes rescapés de la cold-wave : And Also the Trees. Entre la détente et le sérieux de l’événement, Simon (chant) et Justin (guitare) Jones racontent l’histoire de leur dernier album acoustique, When the Rains Come , et la préparation de cette nouvelle tournée.
Comment vous est venue l’idée de faire une tournée de quelques dates, et de choisir de vous produire dans des lieux si « hors-normes » (NDLR : le Palais de l’Athénée accueille des concerts de musique de chambre et des conférences) ?
SHJ:
A la base, l’idée était de trouver des lieux intéressants où les gens ne vont que rarement, ou qu’ils ne connaissent pas. On préférait aussi jouer dans des espaces plus intimistes, où on pouvait être en contact proche avec le public. C’est un type de concert bien différent : plus calme, avec très peu d’amplis. La salle de l’Athénée nous a été proposée par Yann de Shayo Records, pour un public de 200 personnes maximum. L’ensemble de la tournée a été organisée pour la plupart directement par nous-mêmes, ou par des amis. Et, malgré la charge de travail, cela en vaut la peine, parce que les lieux sont vraiment différents de ce qu’on peut connaître dans une tournée traditionnelle.
D’où est venue la volonté de réaliser When the Rains Come, album qui revisite votre répertoire de manière entièrement acoustique ?
SHJ:
On s’y dirigeait assez naturellement depuis l’album précédent, (Listen for) the Rag and Bone Man, du fait d’avoir travaillé avec Ian Jenkins et sa contrebasse. Pour la première fois, nous pouvions être entièrement indépendants de l’électricité. Nous avons progressivement pu élaborer des arrangements et des réorchestrations acoustiques. La première occasion de nous produire dans cette configuration nous a été offerte à Paris, sur le toit d’un immeuble lors d’un jour de repos.
JJ:
Nous avons débuté un peu à la manière d’un unplugged, parce que nous avions très peu de répétitions. Nous voulions jouer les titres qui nous semblaient les plus adaptés à cette approche. Par la suite, nous les avons joués d’une manière toujours plus fine. L’arrangement des instruments différait souvent beaucoup des compositions originales. Parfois nous apportions quelque chose de plus, parfois nous retirions certains éléments. Nous avons expérimenté aussi le fait de jouer les parties fortes plus doucement. Et la dynamique était intéressante.
Etait-ce une manière de corriger certains aspects des chansons originales, avec le recul et l’expérience du musicien ?
SHJ:
Oui, je crois. Il y a une sorte d’ajustement qui vient naturellement avec les années. A l’écoute des anciens albums, je me dis que certaines choses pourraient être améliorées. L’exercice des reprises en acoustique a été une occasion de revitaliser certaines anciennes chansons. En soit c’était une expérience à faire.
De la même manière que vous avez réinterprété en concert l’album Virus Meadow en entier (NDLR : l’an passé à l’Alhambra), est-c e ici un moment de votre existence où vous sentez le besoin de revenir sur vos 30 ans de carrière ?
SHJ:
Je n’ai pas pensé à tout cela, je crois que la décision s’est faite plutôt de manière inconsciente. Nous réfléchissions surtout à ce moment à d’autres manières de nous produire en concert, par opposition à vouloir faire un show « standard » de And Also the Trees. Par ces événements uniques, on voulait vraiment créer quelque chose de spécial que le spectateur ne verra qu’une seule fois, et qui n’existera plus par la suite. Quelque chose d’unique à un moment donné.
JJ:
C’est une manière de rendre les choses intéressantes pour tout le monde, je pense.
Comment avez-vous choisi les titres présents sur When the Rains Come ? Est-ce un genre de best of ? Ou y a t il une démarche spécifique derrière le choix des chansons ?
SHJ:
Ce n’est pas un best of, même si nous avons pu le faire par le passé (NDLR : 1980 – 2005). C’est bien différent. Nous avions le choix entre plus d’une centaine de titres. Certains étaient de véritables défis à relever au niveau du passage en acoustique. D’autres se devaient aussi absolument d’être joués. Certains fonctionnaient, d’autres pas. Et des compositions n’avaient pas de sens à être changées. Depuis la sortie de l’album, nous avons eu l’occasion d’expérimenter toujours plus de titres en acoustique. Ainsi, un certain nombre de chansons ne figurant pas sur l’album seront aussi jouées durant ces concerts.
JJ:
Sur l’album, les titres ont été enregistrés sur place, « on location », directement en live en studio. Nous avons aussi voulu les enregistrer dans des lieux spéciaux, disposant de beaucoup d’espace et d’atmosphère.
SHJ:
Un peu le même genre de lieux et de sensations que pour la tournée en fait.
JJ:
Durant cette tournée, nous voulions être ouverts à jouer dans le cadre de petites assemblées de différent type, dans des lieux dégageant une certaine beauté. Nous serions ouverts à jouer tant dans un décor de piano bar que dans de vieilles caves à jazz. Ce genre de lieu est une piste à explorer pour nous dans le futur. A Paris, par exemple, le cadre où nous avons joué avait une atmosphère fantastique : vieux, usé, tombant même en ruines par endroits.
Est-ce que vous enregistrez le show de ce soir, ainsi que les shows de cette tournée ?
JJ:
Oui. Nous enregistrons tout. Mais pas directement avec des micros ou du matériel de pointe.
SHJ:
Nous voulons que ces performances particulières, d’un lieu et d’un temps donné, restent quelque part. Après, c’est perdu. C’était même tentant de se dire : « Engageons une équipe de tournage, filmons les shows et sortons un DVD !». Nous avons pensé à cette alternative, mais après réflexion, on s’est dit que non, ces concerts devaient garder leur aspect unique, éphémère. Le spectateur qui voulait vraiment voir ce show l’a vu et c’est ce qui compte.
Vous êtes vus comme une influence majeure pour de nombreux musiciens, un vrai groupe culte. Mais quelles sont aujourd’hui vos influences ? Et est-ce que le temps a changé ces influences ?
SHJ:
Elles n’ont pas changé tant que cela, en tout cas au niveau de l’écriture des textes et la recherche des atmosphères. Nous avons été influencés par des périodes clés, des artistes majeurs, des réalisateurs de film. De nouvelles influences apparaissent au fil des années, et ceci depuis toujours, mais ce n’est généralement pas délibéré. De manière plus voulue, par exemple lors de notre période américaine il y a dix ans de cela (NDLR : les albums Angelfish et Silversoul), on s’est imprégné des tableaux de Hopper, des films de David Lynch, et on a délibérément essayé de trouver une voie plus américaine avec And Also the Trees, peignant l’étrangeté de tout ces paysages. C’était une expérience particulière.
Appréciez vous particulièrement un groupe en ce moment, que vous voulez faire découvrir ?
JJ:
Pas vraiment, non. Vous savez, on est un peu « insulaires » dans nos manières d’être. Tous les deux, nous aimons énormément la musique, nous achetons beaucoup de disques, mais nous n’en écoutons pas tant. Les influences seraient plutôt du côté de compositeurs de musique de films ou de réalisateurs.
SHJ:
Nous travaillons constamment, n’importe où et de n’importe quelle manière, sur des idées et de la musique. Personnellement, écouter trop d’autres sources musicales me distrait de mon processus d’écriture et de ma créativité, qui nécessitent beaucoup de silence et de calme. Mais ça peut arriver parfois, par exemple quand tu te balades dans la rue et que tu découvres certains musiciens ou artistes de rues, éléments que tu as ensuite envie de mettre en musique ou en mots. Les choses se passent plus comme cela que lorsque tu écoutes des groupes de musique en particulier.
JJ:
C’est difficile de mettre une influence au groupe, de savoir à quoi nous appartenons en fin de compte. Car au fond qu’est ce que la musique, si ce n’est aussi une somme d’influences ?
SHJ:
Et nous avons toujours eu le besoin de ne pas être réduits à une influence donnée. Alors parfois on a pu s’entendre dire qu’on avait un peu de Nick Drake, de Nick Cave ou de Tom Waits. C’est le genre d’artistes que nous écoutons, avec lesquels on peut être associés. Mais bien sûr nous ne sonnons pas comme eux, nous ne sonnons pas comme qui que ce soit d’autre non plus. C’est là plus une histoire de marketing, de savoir qui ressemble à quoi. Ce n’est pas très sain.
Vous possédez maintenant votre propre label. Quel rôle a-t-il pour vous, en lien avec l’industrie musicale actuelle ?
SHJ:
Nous avons été sur de nombreux labels depuis nos débuts, mais je pense qu’en ce moment, on se trouve au meilleur lieu possible. Complètement indépendants. AATT est un label dédié exclusivement au groupe et il n’est pas prévu de faire la promotion d’autres artistes. Ça demande énormément de travail, de temps et d’énergie, déjà pour nous ! Alors pour d’autres ? A l’époque, il te fallait un label pour pouvoir enregistrer un disque. Nous l’avons donc fait. Mais cette période est révolue aujourd’hui.

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