Interviews : Sigurd (Genève, 14 juin 2009)

Mon premier n'écoute strictement et exclusivement que du Black Metal, mon deuxième se cherche entre Jazz, Electro et Classique, et mon tout façonne un post-rock mutant et indéfinissable. Récit d'une rencontre plutôt singulière, en ce début d'année au Romandie Club de Lausanne, avec Sébastien et Matthieu de Sigurd : Deux artistes qui ne cherchent en tout cas pas à intellectualiser leur travail, mais qui au contraire se laissent volontiers porter par leur instinct.
Vous faisiez tous les deux partie du groupe Chewy lorsque celui-ci à joué ses dernières notes. Pourquoi avez-vous donc décidé de continuer à travailler ensemble et qu'est-ce qui au fond a motivé ce grand écart stylistique d'un groupe à l'autre?
S.:
Comme j'avais rejoint Chewy en dernier, on a tout de suite décider avec Matthieu qu'on allait essayer de collaborer ensemble, histoire de voir ce que ça donnerait. Le style actuel s'est alors simplement imposé, en travaillant avec les instruments qu'on avait sous la main. Cette formation réduite créant alors naturellement certaines restrictions, elle nous a poussé à nous ouvrir "ailleurs", à autre chose et à d'autres sonorités.
Vous décrivez votre style comme du "fulguro-rock", comment définiriez-vous ce genre particulier ?
S.:
C'est ça qu'est génial avec Matthieu, c'est que les premières idées qui nous viennent on les prend ! Sans qu'elles définissent quoi que ce soit de particulier, c'est juste la consonance qui nous plaît et finalement qu'on décide de garder les choses telles quelles. Et finalement c'est également comme ça que nous vient la musique. On n'arrive pas vraiment à diriger nos compositions.
Sigurd est aussi le nom d'un héros d'un légende islandaise, qu'elle est l'histoire de ce choix ?
S.:
Là encore, le nom est sorti d'un coup et on s'est arrêté la dessus. En fait, on à tout fait comme ça.
M.:
En fait ça vient du nom d'un super compétiteur de saut à ski, qui s'appelle Sigurd Peterson.
… et l'étrange titre de cet album "Doppelgänger" ?
M.:
Littéralement il s'agit en fait d'un double, d'un fantôme, c'est un terme qui vient de la mythologie, cela signifie également un truc comme "qui marche à deux"...
S.:
Là encore ce n'est pas très clair. (rires). On aimait bien la consonance de ce titre, simplement.
Question incontournable pour notre site musique-chroniques, le rapport que vous-même entretenez avec la critique ?
M.:
En général on trouve très intéressant!
S.:
C'est très varié. D'un côté il y des personnes qui trouvent que ce qu'on fait est insupportable, mais il y aussi pas mal de retours assez positifs, pour lesquels les gens ont ressenti ce que moi-même j'ai éprouvé en faisant cet album, à savoir le sentiment d'un truc non maîtrisé. Et ça, c'est très plaisant.
Musique-chroniques a édité un top 10 de l'année 2006, quels auraient-été les vôtres ?
S.:
Ce qui est sûr en tout cas entre nous deux on n'y aurait pas mis les même choses ! Je n'aurais certainement pas un top 10 à proposer, mais pour ma part je citerais des trucs de Black Métal plutôt inconnus, comme Shining ou Limbonic Art.
M.:
J'essaye de me souvenir des derniers achats que j'ai faits, mais j'ai aussi de la peine à me prononcer. Une seule découverte me vient à l'esprit, dans un style assez classique, c'est Sufjan Stevens.
Comment vous situez-vous par rapport à d'autres groupes romands, comme Honey For Petzi, auxquels on vous a souvent comparé ? Vous sentez-vous dans la même mouvance?
S.:
Il y a évidemment des trucs que l'on ne maîtrise pas et qui, de manière plutôt inconsciente, nous influencent dans une certaine mesure. Il est vrai qu'Honey For Petzi est un groupe de lausannois que j'ai énormément aimé aller voir, c'est un des seuls d'ailleurs ! Toutefois, en dehors de cela je n'écoute absolument aucun groupe de la région.
En parlant de vos influences, pourrait-on percevoir dans Sigurd des influences de Black Metal ?
S.:
Aucun article qui parle de notre travail ne semble évoquer cela et il est vrai que l'on est pas du tout dans ce créneau là.
M.:
D'ailleurs il y a dans le Black Métal un aspect de "technicien" qui ne nous correspond pas vraiment.
Comment cela se fait-il alors, que vous n'ayez pas le désir de jouer ce que vous écoutez habituellement pour votre plaisir ?
M.:
On a justement envie d'explorer des espaces nouveaux.
S.:
Par ailleurs, j'ai aussi abandonné l'idée de faire du Black Metal, car c'est beaucoup trop dur. Cela impliquerait que m'astreigne une autre hygiène de vie, que j'arrête de fumer et de boire.
Votre musique transmet-elle des émotions plutôt qu'un message ?
S.:
Il est vrai que les différentes critiques évoquent régulièrement cet aspect émotionnel, c'est d'ailleurs là que l'on est surpris car en ce qui me concerne, je n'ai pas l'impression consciente de transmettre toutes ces choses. Cela dit, on espère évidemment que notre musique laisse de la place à l'auditeur, afin qu'il puisse y projeter ses propres sentiments.
M.:
Les choix qui guident nos compositions sont en général plus des histoires esthétiques qu'émotionnelles.
Des projets pour la suite ?
S.:
On entre gentiment dans un nouveau cycle de création, qu'il a d'ailleurs fallu attendre. Pour ma part jusqu'à maintenant je n'étais pas près, pas assez en forme, mais ça commence peu à peu à revenir. Les idées sont toujours là, mais parfois pas prêtes à sortir.
M.:
L'enregistrement du deuxième album pourrait avoir lieu d'ici fin 2007 début 2008.

Autres interviews:

And also the Trees
Black Heart Procession
Cyann and Ben
Disown
Early Day Miners
The Jesus Lizard
Marissa Nadler
Magic Rays
Shearwater
Sigurd
Stars of the Lid
Tindersticks
Rokia Traoré
Water Lily
Woven Hand