Peyroux, Madeleine > Half the Perfect World

Half the Perfect World
11.2006
Notation
Jazz/Blues   Folk

J’entends déjà les oiseaux de mauvais augure qui avant même de jeter une oreille sur le troisième album de cette américaine émettront leurs « Ah ! Mais c’est encore une de ces jeunes divas qui se la joue Norah Jones ». Je ne répondrai rien à ce raccourci, mais j’appuierai juste sur « Play », laissant le charme agir.

Au cœur de Half the Perfect World se nichent les belles âmes du jazz que furent Joni Mitchell ou Billie Holiday, mais bien loin des cabarets enfumés. Madeleine préfére le centre de la scène, où elle glisse syllabes et demi-mots de sa voix feutrée dans une demi obscurité tantôt glamour, toujours confortable. L’impression tenace d’une force tranquille, égérie sexy et parfois troublante.

Le vieux jazz, donc, mais aussi le folk des sixties (à la manière récente d’une Jolie Holland), ses deux premiers opus n’ayant pas craint de se mesurer aux standards de Dylan ou Cohen. Musicalement, chaque titre se voit sculpté dans la plus précieuse des boiseries (guitares acoustique alanguies, contrebasses qui ronronnent), visant directement à l’épure et à l’émotion. On reste parfois ébahi devant tant de maturité et de savoir faire, notamment lors des relectures inspirées de Chaplin («Smile»), Tom Waits («(Looking for) the Heart of Saturday Night») ou Serge Gainsbourg (où elle dépoussière sans complexe sa «Javanaise»).

Terminée la démonstration, Half the Perfect World suscite la manie du «Re-Play», histoire de demeurer quelques heures de plus au chaud sous les couvertures. Madeleine Peyroux possède la classe des grandes, dépasse ses dauphines de deux têtes et, surtout, sait nous parler directement au cœur. Un grand disque d’automne.


- runeii, le 26 11 2006