Buck 65 > Secret House Against The World

Secret House Against The World
7.2005
Notation
Hip Hop   Rock

Imaginez un homme solitaire, usé, qui déambule sur les routes nord-américaines. Une sorte de Dead Man contemporain forgé dans les spirales de poussière d’un patelin paumé de la Nouvelle-Ecosse. Au contraire du film de Jarmusch, l’un des cinéastes favoris de l’esthète Rich Terfry aka Buck 65, le voyage vers l’après-vie est ici morcelé et se poursuit disque après disque.

Cette ambiance rurale et rugueuse, déjà présente sur le précédent opus Talkin Honky Blues (sorti en 2003), est cette fois parée d’un ton plus corrosif – rongé par l’acidité de l’air urbain – comme sur «Devil’s Eyes», morceau tranché par une guitare rythmique qui vient à peine d’être aiguisée. «Le 65isme», dans la même veine, impressionne par sa ligne mélodique improbable et tordue, pourtant interprétée de façon à la rendre digeste et même délectable : la marque des grands – ou comment sublimer la matière la plus brute en joyaux éclatants. «The Suffering Machine» et son ange noir par qui on se laisse bien volontiers couler est aussi l’un des titres marquants de cet album à la frontière du hip hop, du rock et même du bluegrass. On peut facilement considérer Buck 65 comme une sorte de Beck des débuts, moins déluré, mais tout aussi libre et éclectique dans ses influences.

La voix nous conte des histoires de paumés, de petites gens, pauvres sur le plan matériel, mais dignes par la poésie qu’ils inspirent. Le vendeur porte-à-porte de «Drunk Without Drinking» qui, entre deux relations sans lendemain, amène le savoir universel en refourguant ses encyclopédies aux quatre coins du pays, en est un bon exemple. Une seule fausse note, peut-être : «Kennedy Killed The Hat», malgré son intitulé accrocheur, se perd dans des sons gras et collants, à l’agressivité un brin gratuite.

La francophilie de l’artiste est à relever : le timbre doux de la française Claire Berest l’accompagne sur plusieurs morceaux. Le dernier titre, qui sonne comme si un Gainsbourg au piano avait chopé l’accent anglais, est d’ailleurs la traduction de «Devil’s Eyes».
Alors si le désir de découvrir Buck 65 ne vous a pas encore titillé, voici un dernier argument imparable : depuis déjà quelques années, les membres de Radiohead sont des fans inconditionnels !

[«Drunk Without Drinking» en streaming ici]


- yak, le 8 01 2007

Ractions

par Bimbo, le 21/01/2007
Tout à fait d'accord, j'ajoute la mention : excellent. Country/hip-hop rugueux, un mélange hallucinant, qui pourrait paraitre contre-nature mais qui se marie merveilleusement. For your ears only...