Rex > 3

3
1997
Notation
Rock   Folk   Post Rock

Cet album n’est pas à proprement parler un disque culte, mais il reste une perle musicale passée en son temps inaperçue et qu’il vaut absolument la peine de (re)découvrir.

Rex se définit par un croisement d’influences folk, country et indie tout en appartenant à la mouvance “slowcore”, à savoir une musique ralentie et souvent minimaliste créée en réponse au mouvement grunge. Ainsi, on perçoit chez Rex quelques échos de ce qu’on retrouve chez Low, Bedhead ou les Red House Painters : une basse souvent dépouillée et sourde, quelques rares percussions, puis une ligne de guitare à la mélodie piquée note après note, à un rythme de sénateur. Voilà pour le décor. Ce qui est plus intéressant, c’est d’entendre comment se construisent ensuite les chansons. Dans le cas de Rex, on observe une vraie maîtrise de cette dynamique du moins vers le plus. Le groupe possède une structure rythmique excellente (autour de la batterie de Doug Scharin, futur créateur de Him, et de Phil Spirito) qui élabore pièce après pièce les éléments sur lesquels Curtis Harvey pose ses accords tout en douceur, que ce soit en acoustique ou en slide. L’originalité de Rex tient en l’inclusion de divers instruments à cordes, accordéon ou mellotron, en de petites touches inclues dans la composition des chansons.

L’album débute par «Gathered» chanson aux résonances country-folk qui coule tout en douceur et induit chez l’auditeur une certaine nostalgie d’un temps passé et révolu, inaccessible et source de regrets. Le ton est donc donné, plutôt mélancolique et méditatif. On entend tout de suite ce qui fera la particularité de cet album : une tonalité acoustique et chaude, la succession d’accords glissés qui s’enchaînent, une rythmique de batterie toujours plus riche, la voix fragile et toute en retenue de Curtis Harvey. Enfin, il faut remarquer l’évolution de la chanson, presque par elle-même et comme dotée d’une vie propre, tout en se transformant peu à peu. Ce dernier point est typique du jeu du groupe.

La deuxième plage (« Jet ») est plus proche de ce que Rex faisait sur « C », album précédent et tout aussi indispensable. Après un démarrage très lent et épuré typiquement slowcore se greffent les couplets répétés du chanteur, qui masquent à peine la progression d’une tension toujours plus présente. L’explosion dans un chorus de vocaux et de cordes est d’une beauté triste à pleurer, moment exceptionnel d’émotion de « 3 ». A ce moment, on se dit que Rex a frappé un grand coup. Et ce n’est pas fini.

C’est à ce moment que Rex surprend, en entrant de plein pied dans un territoire folk et instrumental qui évoque à la fois la période acoustique de Led Zeppelin («One Stew » ) et la sensibilité de Nick Drake («Waterbug », « Oafish »). Ces chansons parfaitement exécutées semblent provenir d’un autre âge, comme des classiques du répertoire folk, tout en étant propres au groupe. On constate que la maîtrise mélodique et technique du groupe est certaine, que chaque membre est en accord avec les autres. Finalement, la magie s’installe et nous laisse émerveillé.

« Yah land » est une construction instrumentale plus complexe où s’enchaînent et se bousculent plusieurs rythmiques syncopées et où surgit de manière progressive l’électricité des guitares jusqu’ici retenues. La tonalité devient plus brûlante et plus rock, dans la veine de « C » et très proche du post-rock. Enfin, « Clean » clôt l’album de superbe manière, chanson qui répond par sa simplicité aux déluges précédents : Harvey déclame tout en douceur et en acoustique ce qui sera la dernière chanson du groupe.

Après plusieurs écoutes, on se rend alors compte que « 3 » est un album rare et intemporel, qui réussit une symbiose parfaite entre le neuf et l’ancien, entre la retenue et l’émotion ; un indispensable, un « classique oublié », de même que son cousin, « C », qui semait déjà à l’époque les graines de ce grand disque.

- runeii, le 9 02 2005

Réactions

par Stone, le 16/07/2007
Un très grand album, je lui préfère "C" qui est plus dense, parfois noisy. Mais ces deux disques sont très importants. Ils ont autant fait avancer l'indé-rock-slowcore-truc que le groupe malheureusement peu connu qu'est Bark Psychosis quelques années avant eux.