New Model Army > Carnival

Carnival
9.2005
Notation
Rock   

Les cultissimes New Model Army reviennent avec ce nouvel album studio, 5 ans après leur prédécesseur Eight. Des changements, il y en a eu beaucoup depuis tout ce temps, le chanteur Justin Sullivan, qui composait les chansons seul sur les derniers albums, s’est allié au batteur Michael Dean pour écrire la majeure partie des morceaux de Carnival, après une escapade solo acoustique de plusieurs années.

Le résultat est immédiatement perceptible, la batterie et la section rythmique ont un rôle primordial ici, et nous avons droit à beaucoup de variations techniques. Autre nouveauté, l’absence de guitare acoustique et Justin en charge des claviers. Pour le reste, pas de changement, avec Dave Blomberg (en partance après ce disque) et Dean White aux guitares, pour un disque de rock pur, plutôt nerveux et électrique.

"Carnival" est nettement plus poli et soigné que Eight au niveau de la production (Chris Tsangardies), plus électrique également. Le songwriting de Justin Sullivan reste excellent - "Another Imperial Day" est un tableau glacé de l’immigration clandestine et de la pauvreté raconté à voix basse ("Goods are free to move but not people / Jobs are free to move but not people / Money is free to move but not people"). Quant à "Fireworks Night", morceau plus calme et réflectif, il évoque la mort de Robert Heaton, membre fondateur de NMA, avec sensibilité ("Our time was made up of confused emotions and little whirlwinds and all that stuff we couldn’t really talk about / But most of all it was sealed in sacred moments like these / And then it was gone... "), pour l’un des seuls morceaux sans connotation politique.

Musicalement, les premières chansons peinent à faire forte impression, "Water" et son refrain un peu étrange ne sont pas forcément du meilleur goût. "BD3" monte en puissance, sans renverser cependant, et doit donner sa pleine mesure en live, comme la majeure partie de cette album qui souffre un peu de cette production trop lisse. Par contre, "Carlisle Road" retrouve le son sale de l’album précédent, superbe ballade mid-tempo avec une guitare électrique à la Neil Young, une ligne de basse, un rythme assez simple et la voix de Justin - chaque son respire et donne sa pleine mesure.

"Red Earth" est le plus poussé au niveau des percussions, alternant les sonorités, l’intensité, leur donnant parfois des allures orchestrales lors de pics d’intensité. Commençant doucement, "Red Earth" finit par arracher tout sur son passage par une montée en puissance inéluctable - on se réjouit d’entendre ça en live. A mon avis le meilleur morceau de Carnival avec sa continuité, "Too Close to the Sun", chanson plus sombre mais toujours aussi riche au niveau des rythmes, plus rapides cette fois-ci, avec des instruments différents (violoncelle notamment) et juste ce qu’il faut de nappes de synthés. "Bluebeat" est un break salutaire, morceau plus décontracté, avec harmonica et un rythme plus lent, mais toujours aussi technique. Autre originialité, "LS43", qui ressemble à un blues dans la structure et au niveau de la guitare solo, quelque chose d'assez inédit pour NMA.

Au Final, New Model Army a réellement entrepris de se renouveler avec cet album - des risques ont été pris, et les variations sont au rendez-vous. L’atmosphère est plutôt sombre, reflétant de façon percutante la situation politique mondiale et les démons de notre temps, tant au niveau des paroles que de la musique, souvent très agitées. On peut regretter la production un peu étouffante, et les premiers morceaux moins bons que la suite, Carnival reste cependant d'un bon niveau dans l’ensemble et ne peut pas être considéré comme un album de transition. A voir absolument en concert.

- JP, le 16 09 2005

Ractions

par JP, le 23/05/2009
Avec le temps j'ai appris à aimer ce disque, dont l'agressivité et la noirceur conviennent très bien à certaines circonstances. "Red Earth", "Carlyle Road" et "Too Close to the Sun" ont une force de frappe phénoménale et un souffle épique, se classant parmi les meilleures chansons écrites par Justin. C'est en quelque sorte le cousin maudit de "The Love of Hopeless Causes".
par cheg, le 19/01/2006
moi je trouve que carnival est bien dans la lignée des nma avec ses evolutions et ses deceptions, pour ce qui est de l inspiration, ne pas oublier que l album solo de justin est splendide sur tous les niveaux, je ne pense pas qu il y ait un manque d inspiration de ce cote, juste un retour aux sources, too close to the sun est fabuleux, j aurai plutot placé water dans the love of the hopeless causes avec ce coté ecolo
par Lol, le 19/10/2005
Oui oui, bien sûr tout le monde sait que Dave a participé à Carnival et que Rob avait quitté le groupe en 1998, mais je replace juste la sortie de l'album dans un contexte général. Je parle de quelque chose qui plane autour du groupe depuis le départ, puis le décès, de Rob, et enfin d'une inspiration qui ne reviendra jamais tant l'alchimie entre Rob et Justin a permis d'engendrer certaines des plus belles mélodies du groupe... Hélas Michael Dean est loin d'avoir le talent pour combler ce manque...
par Le Sto, le 19/10/2005
Certes ce disque n'est pas le meilleur du combo, moi je l'apprécie pourtant bien. Son seul défaut serait l'immobilisme, voire un retour en arrière, tant il est vrai qu'on attendait de l'évolution due à Eight et les albums solo de Justin.

Pourtant un titre tel que "Red Earth" ou "Too Close to the Sun" me filent le frisson à l'aise! Si les deux premiers titres sont dispensables, la suite comporte de beaux titres.

Enfin, Robert Heaton avait déjà quitté le groupe pour Eight (il est parti en 1998) et Dave Blomberg a participé à l'intégrale de l'enregistrement de Carnival, il n'est parti qu'après. Je ne pense donc pas que c'est dans cette zone qu'il faut chercher la relative déception de ce nouveau disque, mais bien dans l'espoir qu'on avait placé en lui en rapport avec les précédentes parutions, on regrette un peu ce retour en arrière...
par Lol, le 18/10/2005
« Nous sommes seulement faits d’eau », s’époumone Justin Sullivan en ouverture de Carnival. De l’eau, il s’en est écoulées des citernes depuis le dernier album Eight. Cinq ans ! Cinq ans que l’armée de fans attendait ce 9e album studio. Cinq années à traquer sur leur site les soubresauts créatifs, projets annexes, et apparitions live du virulent quintet de Bradford qui cultive son indépendance comme autant de majeurs tendus au music-business. Si la toute récente et amicale désertion du guitariste Dave Blomberg n’affaiblit certes point la clique, le décès du batteur clé et compositeur brillant, Rob Heaton, a sacrément fusillé le moral des troupes. Et ce n’est hélas pas Carnival qui égayera le défilé 2005. Contrairement à Eight, sommairement produit, mais encore prompt à filer ce frisson où l’on se prend pour un fantassin pris dans une tornade de rock épique, on reste ici trop souvent les deux pieds coulés dans le béton. Compositions poussives, gimmicks éculés, inspiration essorée..., à force d’immobilisme NMA ne transporte plus guère. Reste la scène pour lever les bras au ciel et communier. Dernier bastion encore solidement tenu par Justin, désormais bien seul à la barre d’un tanker mélodique de 25 ans qui, comme lui, rouille à force de prendre l’eau. Chronique d’un fan hardcore de toujours éminemment déçu par Carnival...
par runeii, le 18/09/2005
Tout à fait d'accord avec ta chronique; le climat politique actuel plutôt sombre semble transpirer à travers chacune des chansons. C'est la production de "Carnival" qui me déçoit un peu, trop propre et ne rendant pas justice aux titres. Et ce "Water" en ouverture me gonfle vite...